Philip, notre partenaire en Ouganda

Philip partenaire Ouganda

Loin de la culture occidentale, Philip, notre partenaire en Ouganda, nous raconte son expérience et les traits culturels qui l’ont marqué depuis qu’il a posé ses valises sur les terres ougandaises, auprès des grands lacs d’Afrique. Un récit en toute franchise !

Ton identité

Philip d’où viens-tu ?

Je suis né pas très loin d’ici, à Bourgoin ! J’ai passé toute mon enfance dans la région. Mais plus largement j’ai grandi sur Lyon.

Avant de travailler dans le tourisme, j’ai été musicien pendant une bonne vingtaine d’années. J’ai commencé la musique très la jeune, à l’âge de 18-20 ans. Après j’ai fait quelques expériences à l’étranger, je suis notamment parti en Californie pour voir un peu comment ça se passait là-bas au niveau musique. Puis j’ai progressivement commencé à vivre de la musique jusqu’à un âge plutôt avancé, un peu avant la quarantaine.

J’ai ensuite repris mes études là où je m’étais arrêté, j’ai voulu passer un master en anthropologie que j’ai obtenu. Pour ces études, il a fallu que j’effectue un stage, que j’ai fait en Ouganda… Voilà comment je me suis retrouvé de Bourgoin à habiter dans la région de Fort Portal.

Marché Fort Portal Ouganda

Marché de Fort Portal

Pourquoi as-tu quitté la musique et l’anthropologie pour le tourisme ?

J’ai toujours une démarche anthropologique, et j’ai vu le tourisme comme un moyen intéressant pour amener les gens à découvrir la culture ougandaise. L’idée de me diriger vers le tourisme, ce n’était pas juste le fait de me trouver une activité pour gagner ma vie, cette activité correspondait à mes attentes, ça faisait partie de quelque chose qui me tenait vraiment à cœur, essayer de partager.

Ouganda habitants

Rencontre avec de jeunes ougandais

Je voulais quelque chose dans lequel je pouvais à la fois me sentir bien et, certes modestement, apporter mon aide du côté français pour que les gens apprennent à connaître l’Afrique, aujourd’hui assez mal menée dans l’imaginaire des Européens. Il y a une incompréhension, de mauvaises interprétations, des clichés, des préjugés qui datent même de très longtemps… L’image qui est véhiculée par les médias, par les hommes politiques, c’est une image très négative. Je me suis dit que, peut-être, je pourrais renvoyer quelques messages positifs au milieu de ces messages négatifs lancés injustement.

Ta relation avec Vision du Monde

Comment as-tu rencontré Vision du Monde ?

Quand j’ai eu l’idée de cette activité, je me suis dit qu’il fallait commencer par trouver des gens ! Quand je suis rentré en France, chez mes parents, j’ai commencé à chercher tout bêtement dans ma région, autour de Lyon, Bourgoin… C’est un peu par hasard que j’ai rencontré Vision du Monde.

Ouganda Rift ValléeBelle vue panoramique sur la vallée du grand Rift

L’Ouganda, Ton pays d’adoption

Qu’est-ce qui t’a incité à t’installer en Ouganda ?

J’ai eu un déclic… Avant d’arriver en Ouganda, je connaissais les pays européens, je connaissais un   peu la côte ouest des Etats-Unis, j’avais fait le Sénégal, le Maghreb, mais je n’avais jamais vraiment voyagé en Afrique. Quand je suis arrivé là-bas, ça m’a fait un choc, j’ai vraiment vu quelque chose de différent. J’ai eu envie de connaître un peu plus les lieux, les gens, la vie là-bas. Puis j’ai rencontré mon épouse ougandaise, avec qui nous avons un petit garçon aujourd’hui. C’est presque tout ce qu’il y a de plus basique si j’ose dire !

Philip Partenaire Ouganda

Philip en compagnie de son épouse

Il y a quelque chose qui t’attire dans l’histoire, dans la culture de ce pays ?

Les gens qui habitent là-bas ont une vision du monde totalement différente de la nôtre. Il y a des moments où l’on ne comprend pas leur mode de vie, où on est vraiment mal à l’aise. Comme par exemple, l’utilisation du temps. Tout va à une vitesse extrêmement lente ! Si ce n’est pas fait aujourd’hui, ça sera fait demain. C’est quelque chose qui est difficile à supporter notamment au départ quand on y vit  au quotidien, et même encore aujourd’hui.

Une autre chose plus difficile à assimiler, c’est l’acceptation de la fatalité. Il y a des moments où on a l’impression que les gens baissent les bras, ils acceptent et on se retrouve face à des situations où on a envie de dire « mais non bouge-toi ! ».

Tous ces moment-là ne sont pas faciles à gérer pour un Européen. Au bout du compte, c’est ce qui me passionne aujourd’hui. Je m’aperçois que ce détachement par rapport aux évènements permet de moins s’angoisser, d’accepter que parfois on n’y peut rien. Il ne faut pas toujours croire que l’Homme va pouvoir tout changer. Cette fatalité, quand on la connait mieux, quand on comment les locaux la traitent et la vivent, ce n’est pas uniquement négatif comme l’Occident le voit, c’est accepter les choses telles qu’elles sont.

Mperre danse Ouganda

Soirée de danses locales ougandaises

Au niveau culturel, il y a des choses qui t’ont marqué ?

Marqué je ne sais pas, mais il y a pleins de choses qu’il faut apprendre en tout cas. Au début, il y a beaucoup de choses que l’on juge négatives, parce qu’on ne comprend pas, mais une fois qu’on y a été vraiment confronté, ça enlève pas mal de négativité à la chose en question, on l’accepte mieux. Par exemple, j’ai accepté de faire un mariage traditionnel avec mon épouse. Leur culture veut que l’homme apporte une dote à la famille élargie de l’épouse, le montant étant fixé par négociation. C’est pas commun ! Cette tradition remonte à des temps très reculés. Avant le système monétaire, ça se négociait avec le bétail… Maintenant c’est une somme d’argent. Bien que parfois ils négocient en terme de nombre de vaches et après ils font la conversion.

Ouganda Vaches

Élevage d’un troupeau de vaches

C’est une expérience qui n’a pas été simple, qui allait un peu à l’encontre de pleins de choses. Si on commence à réfléchir un peu, ça peut aller à l’encontre des droits de l’Homme, du respect de la femme, de pleins de choses ! Quelqu’un nous accompagne dans cette situation, ce n’est pas le marié qui négocie lui-même. Je l’ai fait dans les règles, quelqu’un m’a accompagné, deux fois de suite. Mais ça ne me convenait pas, il y avait des tensions. J’ai fait une dernière tentative, j’ai décidé d’y aller tout seul et de négocier par moi-même… donc il a fallu que je négocie pour négocier tout seul !

C’est une tradition que les Ougandais souhaitent conserver pour garder leur identité. Ils ne veulent pas simplement aller à la mairie comme les Anglais leur ont dit de faire. A cette époque-là, cette tradition vient des clans, des familles qui s’échangeaient vraiment les épouses puisqu’elles représentaient la famille, les enfants, qui représentaient eux-mêmes la force de travail. C’est basique mais c’est toujours d’actualité chez eux.

Ouganda habitants

Portrait de femmes ougandaises

Les expériences comme celles-ci, c’est justement en les vivant de l’intérieur qu’on parvient à comprendre ce qu’il se passe, beaucoup de choses deviennent plus claires. Beaucoup de pratiques sont remises en cause par rapport aux droits de l’Homme, parce qu’on ne connait pas bien la pratique, son origine, le sens que les gens lui attribuent. Il faut se méfier et éviter de juger trop vite, même si c’est une culture différente qui nous choque,  même si on voudrait les changer, parfois à tort.

Le voyage solidaire en Ouganda avec Vision du Monde

Quels sont les éléments qui font la richesse des voyages solidaires en Ouganda, qui permettent aux voyageurs de comprendre la vie là-bas ?

Ce qui est important pour les gens qui partent voyager dans un pays d’Afrique noire, c’est justement de partir avec la volonté de ne pas avoir peur de changer sa vision des pays africains.

Au cours des voyages, les activités vont varier. Généralement, on rayonne autour de quelques villages, près de chez moi. On connaît les gens, on sait chez qui aller, à quel moment, pourquoi… On essaie vraiment de suivre un programme le plus improvisé possible mais de façon structurée tout de même. Ce qui est intéressant sur le terrain, c’est de savoir tirer profit à tout moment des activités ou de les modifier un peu, permettre au voyageur de comprendre certaines choses, qu’il ait un déclic. Je suis dans une démarche qui englobe un ensemble de choses, une démarche qui se veut changeante mais positivement parce qu’elle ne sera pas figée sur un programme. Mais il ne faut pas que ce soit interprété de l’improvisation !

Parc Queen Élizabeth

Baignade des éléphants, parc national Queen Élizabeth

Le plus important, c’est de réussir à mettre les voyageurs dans une position où ils sont prêts à s’ouvrir, à lâcher tous ces préjugés qu’ils peuvent avoir. C’est aussi s’intéresser aux voyageurs et essayer de faire un maximum pour chaque individu. Après quelques jours, on sait que telle chose va toucher, ou du moins interpeller, tel ou tel voyageur. Pour donner un exemple, la journée où nous allons observer les chimpanzés, il y a des jours où ils sont bien visibles, on reste à proximité, on est dehors avec eux… Et il y a d’autres jours où ils sont moins visibles, ce sont des animaux sauvages. S’il a plu la veille, ils restent dans les arbres, le matin ils traînent au lit, c’est vrai ! Ces journées où, effectivement l’observation des singes n’est pas celle que les voyageurs imaginaient, on voit pleins de gens qui vont réagir différemment, certains vont se plaindre, et d’autres vont réussir à tirer parti de cette journée.

Ouganda Chimpanzé Parc National Kibalé

Chimpanzé dans le Parc National de Kibale

Si on voyait justement les choses comme on les attend, il n’y aurait rien à apprendre.

Ta vision du tourisme solidaire

Pour toi, que représente le tourisme solidaire ?

Le terme solidaire, je ne l’aime pas trop… J’ai l’impression que ça met celui qui part en position de supériorité. Il faut faire attention avec ça. Aujourd’hui, il y a beaucoup de voyages qui tournent autour du tourisme dit « solidaire », pour voyager autrement. Mais le problème c’est que ça ne veut rien dire ! Peut-être que c’est mieux, puisque ça veut tout et rien dire, il n’y a pas d’ambiguïté.

Mais selon moi, le tourisme solidaire c’est partir pour découvrir davantage et être prêt à changer les idées reçues sur tel ou tel lieu,  telle ou telle culture…

Ouganda habitantsNotre partenaire Philip parmi les ougandais

Après solidaire au sens partager, c’est donner. Mais donner quoi ? Bien souvent, nous ne donnons pas les bonnes choses. A la limite c’est donner sur place, pendant les rencontres, pas profiter égoïstement des gens pendant que nous sommes là-bas. C’est-à-dire leur donner vraiment de notre personne et pas seulement retirer. Il y a des voyageurs, qui sont contents d’être avec les habitants, mais qui en échange ne donnent rien… C’est une rencontre à sens unique, ça ne peut pas fonctionner.

Il ne faut pas être égoïstement chaleureux, ne pas faire de charité. Mais c’est toujours difficile, surtout pendant les voyages assez courts !

Tes conseils pour les voyageurs solidaires de Vision du Monde

As-tu un conseil, une anecdote pour les gens qui souhaiteraient partir en voyage solidaire en Ouganda ?

Je dirais qu’on a donné pas mal de conseils au fil des questions ! Mais ce serait de faire attention à ne pas partir avec quelque chose de précis en tête, de partir sans a priori et être prêt à l’imprévisible. C’est la meilleure solution pour voyager…

Ouganda femmes région Kigezi

Sourire resplendissant de jeunes femmes ougandaises, Région Kigezi

Un grand merci à Philip, notre partenaire en Ouganda, pour le temps qu’il nous a accordé et pour sa franchise !

Envie de découvrir l’Ouganda avec Philip ? Rejoignez-le sur les voyages solidaires en Ouganda avec Vision du Monde !

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